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Philosophie Dissertation Sur Le Travail De La

SUJET n°1 : Le travail permet-il de prendre conscience de soi ?

Selon le sens commun le travail est une valeur et a la vertu de permettre à chacun de « se réaliser ». A la suite d'hannah Arendt il faut réinscrire cette représentation du travail dans une histoire, celle de la révolution libérale moderne qui, en Occident, fonde la société , son organisation, ses droits, ses hiérarchies et ses valeurs sur le travail. Contre le droit du sang hérité de la noblesse, ou la valeur contemplative héritée du christiannisme, le travail serait ce qui permet de prendre cosncience de soi. Pourtant cette dimension positive du travail doit être repensée à nouveaux frais à l'heure des drames liés au travail, des troubles musculosquelettiques (TMS), du chômage de masse, des revenus croissants de la rente (1/6ème du PIB français), etc.

Si l'on est attentif à la formulation du sujet trois problèmes se font jour :
?Comment l'individualité du soi peut-elle se révéler dans un espace, le travail, entièrement voué au collectif, aux intérêts anonymes du client et du consommateur ?
?Comment la conscience peut-elle émerger à l'ère de la mécanisation, de la fragmentation des tâches et de la discontinuité des missions ?
?Comment « prendre » consience de soi, à l'heure de la marchandise uniforme et impersonnelle ? Quelle image de soi peut être « prise » lorsqu'aucun objet produit par le travail n'est plus une œuvre mais une marchandise ?

I En droit, le travail est générateur de la conscience humaine
I.1 Le travail permet à l'homme de passer de la vie biologique à la vie spécifiquement humaine : cf Marx : "ce qui distingue dès l'abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte, c'est qu'il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit, préexiste idéalement dans l'imagination du travailleur. Ce n'est pas qu'il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles ; il y réalise du même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d'action, et auquel il doit subordonner sa volonté". Le capital (1867)
→ libération par rapport aux contraintes naturelles extérieures et à la nature en lui (désirs réfrénés, pulsions sublimées dans des activités socialement valorisées cf Freud, par le travail le corps humain lui-même s'artificialise), organiser l'action (expérience, anticipation, technique), rompt la dépendance / nature.
→ Hegel : « C'est par la médiation du travail que la conscience vient à soi-même. »

I.2 Or l'homme est un "animal politique"(polis=cité) Aristote il faut donc que le travail crée cette dimension sociale, cette conscience collective de l'homme. Comme le montre la dialectique du maître et de l'esclave de Hegel, le travail est ce qui permet la reconnaissance de soi de l'esclave. Ex.: revendication féministe : reconnaissance du travail domestique (ménage) et "reproductif" (soin des enfants) sous la forme d'un salaire et d'un retraite (Hubertine Auclert 1848-1914). De même, la nécessité d'augmenter la force de travail et donc le travail des femmes à la fin de la seconde guerre mondiale, a accéléré leur autonomie matérielle, leur accès à l'espace public et leur reconnaissance comme sujets et citoyennes à part entière (1944: droit de vote des femmes en France).

I.3 Enfin le travail est générateur de la conscience de soi puisqu'il institue un monde culturel à son image.


II Mais une certaine forme de travail interdit l'émergence d'une authentique conscience de soi

II.1 En transformant l'ouvrier en force de travail et interdit la conscience de soi : "Le travail produit l'ouvrier en tant que marchandise."(Karl Marx). En conséquence, le travail aliéné rend l'homme étranger à lui-même. "Travail forcé, il n'est pas la satisfaction d'un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail... Le travail aliéné, le travail dans lequel l'homme se dépossède, est sacrifice de soi, mortification." Travail à la chaîne déshumanisant (Marx) D'où l'inversion: "en arrachant à l'homme l'objet de sa production, le travail aliéné lui arrache sa vie générique, sa véritable objectivité générique, et en lui dérobant son corps non organique, sa nature, il transforme en désavantage son avantage sur l'animal."

II.2 On pourrait penser que la cosncience de soi est malgré tout possible dans le temps libre. Et elle ne peut même pas commencer après le travail puisque, comme le montrent Mais Herbert Marcuse ou Baudrillard montrent que le temps de loisir est lui-même aliéné. Au sens contemporain, "le loisir est contraint dans la mesure où derrière sa gratuité apparente il reproduit fidèlement toutes les contraintes mentales et pratiques qui sont celles du temps productif et de la quotidienneté asservie." Baudrillard, La société de consommation (1970). Ex: plus le temps de travail diminue plus le temps passé devant la télé augmente (3h30 en moyenne par jour en France!).

II.3 C'est qu'en réalité le travail implique notre existence entière, comme le montre déjà Alexis Tocqueville dans De la Démocratie en Amérique (1840) : « Quand un artisan se livre sans cesse et uniquement à la fabrication d'un seul objet, il finit par s'acquitter de ce travail avec une dextérité singulière. Mais il perd, en même temps, la faculté générale d'appliquer son esprit à la direction du travail. Il devient chaque jour plus habile et moins industrieux, et l'on peut dire qu'en lui l'homme se dégrade à mesure que l'ouvrier se perfectionne ! »
Pourtant il s'agit de distniguer travail et emploi salarié. En effet ce dernier suppose la généralisation, à partir du XIX siècle, du contrat de travail, de la rémunération, de la législation du travail et de la protection sociale. Autrement dit la question de l'emploi salarié s'inscrit dans une réflexion sur la justice, les échanges, la société, la politique. En revanche la question du travail proprement dit s'inscrit dans une réflexion sur l'action humaine. C'est ainsi que l'on parle du travail de l'artiste même si son activité n'est pas rémunérée, "travail sur soi", "travail de deuil", etc. A partir de cette distinction il est permis de penser le travail en vue de la « réalisation » de la conscience de soi.

III La travail émancipateur
III.1 Vie authentiquement humaine = existence. "l'homme ne peut accéder à l'universel que parce qu'il existe au lieu de vivre seulement". Merleau-Ponty. Travail doit intégrer et même cultiver les qualités de l'existence.

III.2 Les activités des individus ne seraient plus motivées par le besoin, la nécessité, la faim mais par le désir, la réalisation de soi, l'extériorisation de soi dans une oeuvre. Ici il faudrait revenir au concept de loisir des Grecs qui ne se confond pas avce le divertissement (paradoxalement travail = divertissement, divertere en latin au sens où il détourne de soi et de sa condition, cf Pascal) ou avec le repos (qui a pour but de reconstituer les forces de travail, cf Marcuse). Pour les Grecs loisir, temps libre = temps destiné à des activités exprimant et réalisant notre particularité d'être spirituel (art, réflexion, politique, science). Plus largement toute activité par laquelle nous nous façonnons nous-même (personnalité, identité, plaisir, dépassement de soi, etc).

III.3 Ici c'est l'exemple de l'artiste et du joueur qui peuvent nous servir de modèle au sens où la conscience de soi relève d'un art de vivre (cf cours art / dandysme, texte Nietzche). Ici on pouvait revenir au texte fondamental de Hegel en notant la progressivité de l'apparition de la conscience de soi : « Cette conscience de lui-même, l'homme l'acquiert de deux manières : théoriquement, en prenant conscience de ce qu'il est intérieurement, de tous les mouvements de son âme, de toutes les nuances de ses sentiments, en cherchant à se représenter à lui-même, tel qu'il se découvre par la pensée, et à se reconnaître dans cette représentation qu'il offre à ses propres yeux. Mais l'homme est également engagé dans des rapports pratiques avec le monde extérieur, et de ces rapports naît également le besoin de transformer ce monde, comme lui-même, dans la mesure où il en fait partie, en lui imprimant son cachet personnel. Et il le fait pour encore se reconnaître lui-même dans la forme des choses, pour jouir de lui-même comme d'une réalité extérieure. On saisit déjà cette tendance dans les premières impulsions de l'enfant : il veut voir des choses dont il est lui-même l'auteur, et s'il lance des pierres dans l'eau, c'est pour voir ces cercles qui se forment et qui sont son œuvre dans laquelle il retrouve comme un reflet de lui-même. Ceci s'observe dans de multiples occasions et sous les formes les plus diverses, jusqu'à cette sorte de reproduction de soi-même qu'est une œuvre d'art. »

 

 

Introduction

Réduction de l’âge de la retraite, réduction du temps de travail, congés payés… autant de mesures qui visent à réduire la durée du temps de travail au profit des loisirs, considérés comme condition privilégiée du bonheur humain. Pourtant la scène sociale du travail se présenterait comme le lieu privilégié d’expression de la de l’homme. Le travail permet-il donc de prendre conscience de soi ?

Le travail comme se présente comme la marque de distinction entre En ce sens, le travail serait la médiation nécessaire à l’affirmation de l’homme comme être de . Mais la conscience du sujet travaillant est-elle toujours transparente à elle-même ? La question sera de savoir à quelles conditions le travail peut donner accès à la conscience de soi.

1. Le travail permet de prendre conscience de soi

A. Le travail comme principe de survie

L’homme travaille car la nature est insuffisante à répondre à tous ses . Le travail consiste en une transformation ou assimilation de la nature, il se comprend au sein d’un système de besoins. L’économie classe le travail en trois secteurs selon son degré de transformation de la nature : primaire (agriculture), secondaire (industrie) et tertiaire (services). Ainsi le travail assure la vie et la survie de l’homme.

B. Le travail comme marque de la culture humaine

En même temps qu’il est un intermédiaire nécessaire entre l’homme et la nature, il est le signe de sa . Dans le mythe de , les hommes inventent leurs propres moyens pour assurer leur subsistance en travaillant différentes techniques.

C. Le travail fondateur de l’identité

Au-delà du fait que le travail désigne la profession ou la place que tient un individu dans une société, le travail permet de prendre conscience de soi. En effet, en transformant la nature, l’homme, qui est nécessairement engagé dans le monde, y laisse une place qu’il peut ensuite contempler et qui lui permet de prendre conscience de ses compétences. dans Esthétique explique que cette tendance, à ne pas vouloir rester tel que la nature l’a fait, se manifeste déjà chez le jeune enfant qui à sa manière, qui travaille, pour prendre , pour accéder à un savoir de ce qu’il est et de ce qu’il est capable de faire. Ainsi le jeune enfant aime à faire des ricochets dans l’eau.

Si, en théorie, le travail est ce qui permet à l’homme de se retrouver dans son œuvre pour prendre conscience de lui, peut-on affirmer que c’est toujours le cas ?

2. Le travail rend pourtant étranger à soi-même

A. Le travail comme source de souffrance

L’étymologie du mot travail (du latin tripalium, signifiant « trois pieux » et par la suite « instrument de torture ») renvoie à l’idée de . En effet, le travail comme nécessité pour survivre renvoie à l’idée qu’il nous est imposé un effort pour se confronter à la nature et même à notre propre nature qui y résiste. La pénibilité du travail selon la Bible est présentée par H. Arendt comme l’objet du châtiment divin.

B. Le travail comme aliénation

Le travail prend la forme d’une véritable torture lorsqu’il est fait sous la contrainte sans rétribution, comme chez l’esclave, ou bien lorsqu’il procède par mouvements répétitifs dans le travail à la chaîne. Chaplin dénonce cette déshumanisation dans les Temps modernes, en montrant que le est source d’aliénation. En effet, l’homme ne peut comprendre ce qu’il fait, lui-même étant une sorte de rouage d’une immense machine à laquelle il appartient. L’homme est alors étranger à lui-même, .

C. Le travail comme retour à l’animalité

Dès lors le travail est non seulement ce qui vient épuiser l’homme mais aussi ce qui peut l’abrutir jusqu’à ce qu’il ne sache plus ce qu’il fait et pourquoi il le fait. Son travail n’est plus l’expression de ses compétences, mais ce qui vient tout juste lui procurer de quoi survivre. Le travail renvoie l’homme à son et non à sa culture car réduit à n’être qu’un moyen de .

Comment concilier alors l’essence du travail qui permet à l’homme de prendre conscience de lui et la réalité du travail qui le rend étranger à lui-même et le déshumanise ?

3. À quelles conditions l’homme se reconnaît-il dans son travail ?

A. Le travail comme expression de l’intelligence et de la volonté humaine

Pour déterminer ce qui fait la spécificité humaine du travail, Marx compare l’activité de l’architecte avec celle de l’abeille. Le résultat est à chaque fois similaire, mais ce qui distingue le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est que l’homme aura toujours préalablement construit un projet dans son esprit. Là où l’animal ne fait qu’obéir à la nature en suivant son instinct, l’homme exprime dans l’élaboration de son travail son intelligence et sa volonté. Ainsi, un travail qui n’exprime plus l’ et la ne lui permet plus de prendre conscience de lui. C’est un travail perverti.

B. Le travail mais pas l’exploitation économique

Dans le travail à la chaîne, l’ouvrier n’effectue pas ce qu’il imagine, mais ce que la machine lui ordonne, et son rythme n’est pas le fruit d’une libre volonté. Il n’exécute plus un geste (un mouvement ordonné par lui) mais un mouvement mécanique dans lequel il ne peut se reconnaître. Il se reconnaît d’autant moins dans sa production qu’il n’en possède pas les moyens et qu’il n’est pas reconnu par un salaire adéquat. Marx dénonce ainsi l’ qui peut exister dans l’organisation capitaliste du travail. Ainsi l’homme ne peut prendre conscience de lui dans son travail, si ce travail se transforme en exploitation.

C. Le travail comme expression d’un désir

Certes le travail peut être aliénant pour des raisons d’organisation de la société, mais il peut également l’être lorsqu’il ne correspond pas aux aspirations de l’individu. En ce cas, il s’agit d’abord de savoir quels sont ses désirs. C’est d’abord un travail sur soi comme le travail psychanalytique qui procède par et qui permet de prendre conscience de soi, pour seulement ensuite pouvoir travailler selon son .

Conclusion

Ainsi le travail par essence est ce qui permet de prendre  : pour l’homme en tant qu’être de culture, qui se distingue de l’animal, mais aussi en tant qu’individu, qui exprime et manifeste son et sa dont il peut contempler ses effets.

Si l’homme peut s’aliéner dans son travail et perdre jusqu’à son identité ou toute conscience de lui-même, c’est que le travail en lui-même est perverti au point de nier son intelligence et sa volonté. En ce sens il est très important de son travail et non de le . C’est alors la conscience de soi qui permet de faire un travail digne de ce nom.